ULM Les Randonneurs Voyageurs

                                                                                        Les As du Pic

                                                    


Avec ses 658 mètres d’altitude, le Pic Saint Loup domine l’arrière pays montpelliérain et offre aux randonneurs un panorama époustouflant (surtout par temps clair) : d’un côté les Cévennes, de l’autre la mer, les étangs et les collines de sel, sans oublier la vue sur les monts Ventoux et Lozère en arrière plan, la garrigue à perte de vue et la mer de vignes.


Pour y monter, nos 13 As du Pic ont d'abord emprunté un chemin ombragé, secret et au profil sympathique ; quand apparut lors d'un arrêt technique la perspective de la façade nord du pépère, quelques sourires figés trahirent une fébrilité légère. Juste un rien de crispation mais la troupe venait de prendre conscience qu'il allait bien falloir monter quelques raidillons d'un moment à l'autre.


Alors dans ces cas là, à chacun sa technique.


On peut tenter le cri de Tarzan comme le fit Patrick au pas de la Poustèle, histoire de se défouler tout en galvanisant l'entourage...


On peut se raconter des histoires comme celle qui prétend que le Pic Saint-Loup et son voisin l’Hortus formaient, il y a bien longtemps, un seul et même massif qui aurait été séparé sous un coup de massue  bien asséné porté par Hercule.


On peut rêver à la petite goutte d'eau qui hésite sur le bord embué d'une chope de bière très fraîche, les pieds au frais "dans la claire fontaine, m'en allant promener" une autre fois.


Bref, à l'aise ou en état d'essoufflement caractérisé, quand on est membre de l'Ulm, on va au bout de sa quête et on parvient au sommet. Surtout si la Présidente surveille la troupe !


Là-haut le spectacle est grandiose, avec sous ses pieds, quelque 160 m de vide intégral et, juste au-dessus de soi, le ballet élégant et strident des planeurs à la recherche de courants ascendants.


Mais, c'est bien connu, la nature a horreur du vide ; alors, sagement, avant tout risque de  défaillance, les As du Pic reprennent des forces vives, un fond de godet de carthagène made in Jean-Pierre à la main. Juste pour assurer une descente digne, d'un seul trait et sans un rôt !


Mais pourquoi nommer ainsi ce pic calcaire qui gît échoué sur un flanc?


Son nom viendrait d'une belle légende d'amour moyenâgeuse : celle qui conduit trois frères, Guiral, Alban et Thieri LOUP, tous amoureux de la belle Bertrade, à partir en croisade sans savoir lequel elle choisirait comme époux.


Mais au retour de la Terre sainte, la bien-aimée avait trépassé. A la faculté de médecine de Montpellier on évoqua une mauvaise infection causée par les contraintes d'une triple ceinture de chasteté qui finit par rouiller...


Anéantis de chagrin, les frères décidèrent de vivre en ermite au sommet de trois pitons voisins émergents dans le pays. Installé sur le plus élevé, Thieri Loup décéda le dernier, en ayant, comme ses deux frères, allumé tous les 19 mars de sa vie un feu en la mémoire de sa dulcinée, la douce Bertrade.


Ainsi naquit le Pic Saint-Loup, en hommage à Thieri Loup. Le mont sur lequel vivait Guiral devint le mont Saint-Guiral situé près du mont Aigoual. Enfin, celui sur lequel vivait Clair fut nommé le mont Saint-Clair : à ses pieds est bâtie la ville de Sète.


De cette légende est née une tradition, celle du pèlerinage jusqu’au sommet du Pic, chaque dimanche qui suit le 19 mars. La prochaine fois, on saura !

Alain B.